Militants écolo, nous sommes jugés pour avoir refusé les tests ADN

Publié le par Bambou254


Source : http://www.rue89.com/2009/09/10/militants-ecolo-nous-sommes-juges-pour-avoir-refuse-les-tests-adn


Encore deux « écolos » qui refusent de donner leurs ADN ! Nous ne sommes pas les premiers à refuser (Les Faucheurs volontaires ont subi le même traitement), et nous sommes plus nombreux à être fichés. Pour nous deux, cela fait suite à un procès datant de 2007 durant lequel nous avons été reconnus coupables :

« D'avoir à Penly, en tous cas sur le territoire national, le 4 décembre 2003, en tout cas depuis un temps non couvert par la prescription, pénétré sans autorisation dans un local ou terrain clos de service intéressant la défense nationale, en l'espèce la centrale nucléaire de Penly dans le cadre d'une manifestation organisée par Greenpeace contre la politique nucléaire de la France et le projet EPR en déployant des banderoles sur les réacteurs et la cheminée de la centrale nucléaire. »

Aucune dégradation. Une simple manifestation pacifique pour demander un réel débat sur les risques engendrés par l'industrie nucléaire ; pour faire valoir les alternatives des énergies renouvelables ; et surtout, pour rappeler que la seule maîtrise de la demande en électricité rendrait le besoin de nouveaux réacteurs caduc.

En tout état de cause, en entrant si facilement dans cette centrale, nous avons clairement démontré l'illusion de la sécurité nucléaire -nous n'étions munis que d'échelles, et sommes allés en marchant jusqu'aux réacteurs…

Nous demander notre ADN, c'est considérer notre action comme criminelle

Mais, les centrales nucléaires relèvent de la « défense nationale ». Alors, en juin, nous avons été convoqué pour un prélèvement ADN et indiqué notre refus de nous soumettre à cette injonction -délit punissable d'un an de prison et de 15 000 euros d'amende (deux ans de prison et de 30 000 euros d'amende, sauf pour les personnes condamnées pour crime).

Nous avons ouvertement revendiqué notre action pacifique et collective, été fichés (empreintes et photos) et condamnés à 1 000 euros d'amende. Nous sommes passibles de peines plancher en cas de récidive, même si les sites nucléaires restent des passoires et qu'aucun questionnement sur ce point n'a eu lieu pendant toute l'instruction.

Aujourd'hui, nous demander notre ADN, alors que celui-ci est pour l'instant principalement utilisé dans les enquêtes criminelles, revient à accepter de considérer notre action comme « criminelle ».

Quelle est la logique d'une telle procédure ? Des quarante personnes interpellées initialement, vingt seront jugées et quelques-uns seulement ont reçu des demandes de prélèvement ADN.

L'inquiétant projet de société derrière le fichage génétique

Alors que le tribunal n'avait aucun mal à nous faire parvenir des courriers avec avis de réception, le service de police optera pour d'autres moyens d'interpellation. L'un d'entre nous sera perquisitionné à son domicile et l'autre sera averti par l'intermédiaire du syndic de copropriété avant même d'avoir été contacté personnellement.

Présents aux rendez-vous fixés, nous avons réaffirmé notre volonté de refuser ce prélèvement, quitte à être arrêtés sur le champs : car aujourd'hui le seul moyen de motiver son refus, c'est la procédure de comparution immédiate. Moyennant une bonne journée de privation de liberté, nous avons au final obtenu un renvoi pour préparer notre défense.

Juste le temps de nous interroger encore et de nous retrouver confronté à un problème qui nous dépasse, celui de la massification du fichage ADN, avec pour corollaire une question dérangeante : celle du projet de société qui se dessine avec le fichage génétique ?

Du cauchemar du fichage de l'ensemble de la population avec revente des fichiers aux assurances, en passant par les projets de lois sur le fichage obligatoire pour le regroupement familial, le débat est vaste et éminemment politique. Ça fait cogiter… et n'ayant notamment pas connaissance de l'ensemble des enjeux, intuitivement cela nous pousse à croire en la nécessité d'un débat plus abouti.

Des incertitudes scientifiques sur la fiabilité des tests et de leur utilisation

De plus, la procédure très personnalisée qui nous est proposée renvoie à des questions basiques sur les risques encourus en donnant son ADN.

Les différentes techniques d'analyse (plus ou moins de portion d'ADN), l'effarante diversité d'ADN pouvant être retrouvée sur une scène de crime ou l'évolution des connaissances scientifiques questionnent grandement sur les garanties qui nous sont aujourd'hui apportées. Si la bouteille dans laquelle nous avons bu est lancée sur les forces de l'ordre, serons nous automatiquement reconnu coupable ?

De même, le fichier ADN étant consultable par l'ensemble des pays européens, serons-nous plus particulièrement contrôlés à la descente de l'avion- ça ne nous est pas arrivé depuis plus de sept ans, mais il faut bien se projeter pour comprendre les enjeux auxquels nous sommes confrontés.

Les douaniers découvrant « pénétration dans un site classé secret défense » à côté de nos noms, seront-ils plus enclins à ordonner une fouille plus poussée ? (Il n'y aura même pas marqué Greenpeace : le douanier aurait pu être un sympathisant).

Six ans de procédure pour les mêmes et uniques faits

Autant de questionnements sur « la criminalisation » des lanceurs d'alerte, de débats de société profonds en cours sur l'intérêt et l'utilisation des fichiers génétiques, évolutions des méthodes d'investigations policières et leur considération juridique comportant des risques avérés.

Après bientôt six ans de procédure juridique, pour les mêmes et uniques faits, nous croyons toujours à la nécessité de l'action sur le site de Penly, et c'est pour qu'elle soit reconnue comme telle que nous avons décidé de ne pas nous soumettre aux prélèvement ADN et que nous affirmerons ce positionnement devant le juge ce jeudi.

Notre but étant de témoigner et nous interroger sur la procédure menée à notre en contre, nous avons souhaité rester anonyme


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