Nucléaire en Belgique : on continue sans nous demander notre avis...

Publié le par Bambou254


Source
: http://www.lemonde.fr/europe/article/2009/10/03/en-belgique-le-gouvernement-prolonge-de-dix-ans-la-duree-de-vie-de-trois-centrales-nucleaires_1248867_3214.html

 

Changement de cap pour la politique nucléaire de la Belgique : le gouvernement va prolonger de dix ans au moins la durée de vie de trois réacteurs qui devaient être arrêtés en 2015. Il s'agit de Doel 1 et Doel 2, en Flandre, et de Tihange 1 en Wallonie. Ensemble, ils développent une puissance de quelque 1 800 MW. La Belgique compte sept réacteurs au total, qui affichent 5 800 MW - soit 54 % de l'électricité produite dans le pays

Paul Magnette, le ministre de l'énergie et du climat, s'est appuyé sur l'étude d'un groupe d'experts, belges et étrangers. Selon eux, la Belgique aurait mis en danger sa sécurité d'approvisionnement et la compétitivité de ses entreprises en renonçant à la prolongation du nucléaire. Une fermeture des réacteurs n'aurait pas été compensée par la baisse de la consommation et l'accroissement des énergies renouvelables qui étaient prévus.

Vendredi 2 octobre, le gouvernement de Herman Van Rompuy s'est rallié au point de vue de son ministre, même si plusieurs des cinq partis au pouvoir lui ont reproché d'avoir livré ses conclusions avant toute concertation.

Une loi avait été votée en 2003, alors que le gouvernement fédéral était dirigé par Guy Verhofstadt et comportait des libéraux, des socialistes et des écologistes. Les observateurs étaient persuadés que ce texte serait revu à la première occasion.

Ce moment est venu, dans un contexte très différent : les Verts ne sont plus au pouvoir, en tout cas au niveau fédéral - ils font partie des majorités régionales à Bruxelles et en Wallonie -, une crise énergétique est passée par là et les alternatives au nucléaire promises à l'époque restent très insuffisantes.

"Troc sans scrupule"

Le parti Ecolo parle de "sabotage" et de "forfaiture". Pour les Verts un "troc sans scrupule" a été conclu avec GDF Suez, principal acteur du marché belge de l'énergie. Le groupe français, par l'intermédiaire de Jean-Pierre Hansen, le patron d'Electrabel, avait mené un lobbying en vue d'un report de vingt ans de la décision de fermeture. En janvier dernier, il menaçait, en raison des hésitations politiques, d'engager seul les préparatifs en vue de la fermeture des réacteurs et de cesser les investissements à Doel et Tihange. M. Hansen soulignait aussi qu'un arrêt du nucléaire signifierait une augmentation des émissions de CO2, un argument repris par M. Magnette.

Aujourd'hui, le groupe franco-belge réagit prudemment. Il a "pris acte" de la nouvelle position belge et s'est dit prêt à négocier un accord global. Le gouvernement aimerait y inclure des compensations financières et remettre en cause la "rente" que s'est arrogée le producteur depuis des années : les centrales ont été amorties, le coût de production est faible, en revanche le tarif réclamé aux consommateurs n'a pas fléchi.

Le gouvernement tente donc de négocier un mécanisme avec Electrabel obligé, en 2008 et 2009, d'acquitter une taxe de 250 millions d'euros, que la société conteste devant la Cour constitutionnelle. Selon des experts, un éventuel accord ne devrait pas rapporter davantage à l'Etat belge. Même si, au sein du Parti socialiste notamment, certains rêvent de réclamer un milliard d'euros par an à Electrabel et de faire baisser les tarifs.

Jean-Pierre Stroobants

Publié dans Actualité Nucléaire

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