Nicolas Hulot: "Les choses vont changer" A l'occasion de la sortie de son film Le Syndrome du Titanic, l'écologiste a rencontré les lecteurs de Metro.

Publié le par Bambou254


Alors que son documentaire sort en salles demain, l’écologiste Nicolas Hulot a rencontré six de nos lecteurs, ce lundi dans les locaux de Metro. Après avoir vu Le Syndrome du Titanic en avant-première, nos lecteurs ont passé l’animateur au gril à propos des OGM, du réchauffement climatique, des énergies alternatives ou de la question du nucléaire...

Catherine : Comment s’est déroulé le tournage du Syndrome du Titanic ?
Avec Jean-Albert Lièvre (le coréalisateur, ndlr), on a voulu travailler avec des équipes réduites, qui comptaient trois personnes au maximum. On a essayé d’être le plus discret possible, afin de mieux “regarder” la réalité.

Monique : Avez-vous rencontré des difficultés lors du tournage et comment avez-vous choisi les images ?
Il y a pu y avoir quelques moments tendus, notamment dans certains endroits de Lagos, au Nigeria, tenus par des bandes organisés. On a pu avoir d’autres types de problèmes dans des endroits où on a filmé sans autorisation et où les bandes ont été confisquées à la frontière. Mais dans l’ensemble, ça s’est plutôt bien passé. Pour les images, nous avons essayé de ne pas céder à la facilité et d’éviter les images trop trash. Il n’y a pas une goutte de sang dans le film. Mais parfois, elles sont d’autant plus violentes qu’elles montrent une réalité tragique, mais presque banale.

Eric : EDF, Orange et la SNCF font partie des partenaires du film. Ont-ils eu une influence ?
Aucune. C’est une règle d’or chez moi. Je n’ai pas une vision machiavélique ou binaire du monde de l’entreprise, qui est par ailleurs le monde du travail. Je ne suis pas non plus un naïf. Je considère que pour agir, il faut des moyens. Et jusqu’à présent, je vais chercher l’argent là où il est, c’est-à-dire auprès des acteurs économiques. A la seule condition qu’il y ait une règle d’or, sur laquelle vous ne pourrez jamais me prendre en défaut, c’est que ma parole et mes actions ne soient pas contraintes. Pour ce qui est du film, on n’a jamais vu les gens concernés, et qu’il ait été apprécié différemment par les uns et les autres, c’est peu de le dire.

Benjamin : Il n’y a donc eu aucune censure ?
Non aucune. Nous sommes dans le pays de la liberté d’expression. Vous savez, EDF est un mécène historique de la Fondation, et je ne suis pas sûr qu’ils soient très heureux de mes positions sur le nucléaire. Moi, ma stratégie, ça a toujours été de me dire que si on agresse les acteurs économiques, ils seront toujours plus forts que vous. Je privilégie donc le dialogue, et surtout pas uniquement avec les gens qui sont d’accord avec moi. Ce qui m’intéresse, c’est de discuter avec les personnes qui sont le plus éloignées de mes positions. Les problèmes sont trop complexes pour s’affranchir d’intervenants. Mais quand je discute avec un président de la République, il n’y a pas de complaisance. Chacun est dans son rôle.

Eric : Y a-t-il eu une compensation carbone pour le film ?
Pas encore, puisque comme le film n’est pas sorti, le bilan carbone n’est pas complet. Mais ce principe de compensation qui, au passage, n’exempte pas chacun de faire des efforts pour réduire ses émissions, nous l’appliquons depuis une dizaine d’années à “Ushuaïa”, dans des projets pour éviter la déforestation, notamment à Madagascar. Pour le film, la part qui me revient sera réinjectée dans des projets sur le terrain, tout comme 10% des recettes.

Olivia : Surfez-vous sur la vague “catastrophiste” ?

Il n’y aura jamais assez de films, de livres ou d’initiatives pour mobiliser les citoyens. Les choses vont changer de gré ou de force. Et, que l’on soit riche ou pauvre, tout le monde sera affecté. La question est de savoir si on se prépare avant que cela arrive. Pour moi, ce film rend la mutation incontournable. Si demain les politiques fixent des limites, parce que la planète nous en impose, je crois que, grâce aux films, les citoyens seront plus facilement prêts à les accepter.

Benjamin : Pouvez-vous nous expliquer le titre du film ?
Il y a quatre analogies avec l’histoire du paquebot. Quand il a été mis à l’eau, quelques esprits chagrins s’étaient permis de douter de l’invulnérabilité du Titanic. Quand la passerelle a aperçu l’iceberg, il était déjà trop tard : le bateau ne pouvait plus changer de trajectoire. Et quand le Titanic prenait l’eau, on a demandé à l’orchestre de jouer plus fort. Enfin, et c’est ce que nous voulons éviter : l’histoire s’est mal terminée, y compris pour ceux qui voyageaient en cabine de luxe.

Catherine : Pourquoi avoir abordé la dimension sociale ?
Parce qu’on ne peut pas régler la question écologique sans traiter la pauvreté et les inégalités. Et ce d’autant plus que ce sont les plus faibles qui sont les plus exposés. Paradoxalement, la crise écologique peut nous permettre de résoudre certains problèmes. Si on interdit aujourd’hui aux pays propriétaires de la forêt tropicale de couper des arbres, ceux-ci rétorquent qu’il s’agit d’une ressource indispensable. Mais si vous les payez pour qu’ils ne coupent plus d’arbres et qu’ils rendent ainsi service à l’humanité, on a là un exemple très concret de ce que devraient être les rapports Nord-Sud.

Jean-Yves : Le film n’aborde pas la question des OGM. Quelle est votre position ?

Voilà le type de sujet où on ne peut pas être dogmatiquement pour ou dogmatiquement contre. Et l’écologie, c’est l’école de la complexité. Il y a des OGM qui peuvent avoir des applications utiles dans la recherche médicale. Il y a des OGM qui permettront peut-être de donner une certaine résistance à des plantes qui pourront pousser en milieu aride. Là où je suis farouchement opposé aux OGM, c’est quand on va rendre les paysans dépendants des semenciers, c’est-à-dire quand on va obliger les paysans à acheter leurs semences chaque année. Le fait que certains groupes sont en train de concentrer les ressources alimentaires de la planète est, démocratiquement, inadmissible.

Jean-Yves : Et sur la question du nucléaire ?
Je n’ai pas la même notion de la propreté que ceux qui considèrent qu’il s’agit d’une énergie propre. Le nucléaire ne peut en aucun cas résoudre le problème énergétique de la planète, et ce tant qu’il y aura des déchets et des risques liés à la production. La priorité pour moi, c’est de réduire notre consommation énergétique. Parallèlement, il faut développer massivement les énergies alternatives et réduire la part du nucléaire dans notre production totale. Je sais qu’on ne peut pas démanteler les centrales demain matin, mais il faut amorcer le changement.

Monique : Selon vous, vers quelle énergie faut-il se tourner ?
Grâce au soleil, nous recevons, chaque jour, huit mille fois nos besoins en énergie. Il suffirait d’en capter une infime partie pour couvrir tous nos besoins. A priori, c’est vers cette solution qu’il faut s’acheminer. Mais cela suppose des investissements massifs. Et tant qu’on n’aura pas cette rupture technologique, il va falloir réguler les flux. Quand, dans le film, je montre ces cargos qui se croisent avec les mêmes matériaux, c’est quelque chose qui ne pourra plus se produire dans le monde de rareté vers lequel nous allons.

Olivia : Des gens comme Claude Allègre ou le professeur de géophysique Vincent Courtillot remettent en cause les théories sur le réchauffement climatique. Qu’en pensez-vous ?
J’aimerais tant que Claude Allègre ait raison ! Et quand la question de savoir si le réchauffement était réel s’est posée, le sommet de Rio a mis en place le Giec, qui rassemble des milliers de scientifiques, en leur demandant de travailler sur le problème. Au bout de dix ans, leurs travaux ont montré que la situation était pire que ce que l’on imaginait. Alors, qui croire ? Ces milliers de scientifiques ou les quelques sceptiques qui ne sont pas spécialistes du réchauffement ? Au-delà du Giec, il n’y a pas besoin d’être prix Nobel de physique pour constater le changement climatique.



Source : http://www.metrofrance.com/info/nicolas-hulot-les-choses-vont-changer/pije!vM8tftYp@5Fv3u1FSO8sw/






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