Nucléaire à Colmar : Grave atteinte au droit de manifester - LETTRE OUVERTE aux autorités

Publié le par Bambou254


Communiqué de presse du 6 octobre 2009
Contact : 06 64 100 333

Suite aux graves atteintes au droit de manifester lors du rassemblement antinucléaire du 3 octobre 2009 à Colmar, le Réseau "Sortir du nucléaire" a envoyé ce jour une LETTRE OUVERTE (*) au préfet du Haut-Rhin, au maire de Colmar et au secrétaire d'état à la justice et aux libertés.

Voir les témoignages, photos, revue de presse et vidéos sur :
http://www.fermons-fessenheim.org/spip.php?article155





(*) LETTRE OUVERTE A :

Monsieur Pierre-André PEYVEL (Préfet du Haut-Rhin)
Monsieur Gilbert MEYER (Maire de Colmar)
Copie à M. Jean-Marie Bockel (Secrétaire d'État à la justice et aux Libertés)

Le mardi 6 octobre 2009

Messieurs,

Le 3 octobre 2009, vous avez gravement bafoué la démocratie en empêchant le bon déroulement de la manifestation antinucléaire qui exigeait la fermeture définitive de la centrale de Fessenheim.

Alors que nous préparions cette manifestation depuis près d’un an, en annonçant comme lieu de rassemblement la Place Rapp ,qui est une immense place au centre ville, vous avez voulu nous parquer dans un stade à la périphérie de la ville. Ce n’est que sous la pression de nombreux citoyens et de diverses organisations que nous avons obtenu de pouvoir nous rassembler « Place de la Gare »… que vous avez fait encercler comme une nasse. D’autre part, vous nous avez interdit d’aller manifester jusqu’à la Préfecture, alors que celle-ci est à Colmar le représentant de l’Etat pro-nucléaire, contre la politique duquel nous luttons. Vous n’avez daigné envisager qu’un parcours s'éloignant de la Préfecture et du centre ville pour minimiser la visibilité de la manifestation.

Nous ne pouvions pas accepter de telles conditions contraires à la démocratie et à la liberté de manifester garantie par la Constitution. C’est pourquoi nous avons pris en conscience la décision de rester sur la Place de la Gare en la rebaptisant « Place de la Liberté », afin que soit rappelée cette triste équation : « nucléaire = démocratie bafouée ».

Comme tous les manifestants et de nombreux habitants de Colmar, nous avons été choqués par le dispositif policier et répressif absurdement disproportionné que vous avez déployé. Nous déplorons l’image éminemment négative que vous avez ainsi donnée de l’Alsace et de la ville de Colmar.

D’après l’AFP, 3000 policiers étaient mobilisés, dont plus de 600 CRS. En comptant 10 000 manifestants, la proportion était donc de un policier pour environ 3 manifestants ! M. Jean-Marie Bockel en personne, en tant que secrétaire d’Etat à la Justice et aux Libertés (sic), supervisait les opérations à la cellule de crise de la Préfecture de Colmar. La brigade anti-criminalité (BAC) était présente en force. La brigade équestre de la police nationale était venue spécialement d’Ile de France. La police de l’air et des frontières (PAF) effectuait des contrôles renforcés aux frontières, créant ainsi d’immenses embouteillages. Des grilles anti-émeutes avaient été dressées dans plusieurs rues empêchant tout accès au centre ville. Des véhicules de type bulldozers et anti-émeutes étaient prêts à intervenir. Pendant toute la journée, un hélicoptère a survolé le rassemblement antinucléaire, dans un bruit assourdissant.

Tant aux frontières (où plusieurs dizaines de personnes ont été refoulées par la PAF) qu’à Colmar, ville en état de siège, de nombreux citoyens ont été dissuadés de venir manifester leur opposition au nucléaire par l’attitude des forces de l’ordre et par le climat de répression. Seuls les plus motivés et les plus aguerris ont finalement pu se rendre sur le lieu de la manifestation.

Par le biais d’une campagne de désinformation soigneusement orchestrée, en direction des médias comme des Colmariens, vous avez créé un climat de peur et d’insécurité, qui aurait pu provoquer des réactions de révolte et de colère. Vous avez cherché à persuader la population de Colmar qu’une horde de casseurs allaient envahir la ville. Malgré ces tentatives de déstabilisation et d’intimidation, la multitude des opposants au nucléaire est restée parfaitement calme, bien que profondément révoltée par une telle oppression.

Pourtant, vous saviez parfaitement que ce rassemblement serait pacifique, comme l’ont toujours été les manifestations antinucléaires au cours de ces dernières années. Le 2 octobre, soit la veille du rassemblement, vous avez affirmé à la presse : « Il n’y a pas de syndrome Otan. Nous n’avons pas d’information faisant état de l’arrivée de casseurs. »

Quelle était alors la finalité de cet état de siège ?

Lors du « Grenelle de l’environnement », le nucléaire n’a jamais pu être débattu et a été érigé en tabou. De la même façon, à Colmar, vous avez tenté d’empêcher tout débat démocratique sur la place publique. Vous avez en outre tenté de discréditer les antinucléaires en les faisant passer pour un mouvement criminel et irresponsable. Malgré la situation oppressante que vous avez créée, le rassemblement s’est déroulé dans la bonne humeur et sans la moindre violence, démontrant le grand sens de responsabilité des manifestants et des organisateurs.

Commanderez-vous un déploiement comparable des forces de police lors des prochaines manifestations politiques ou syndicales à Colmar ? Interdirez-vous le centre ville ?

A l’heure où nos concitoyens vivent durement la crise, le gaspillage d’argent public que représente cette véritable opération militaire est proprement scandaleux. Voilà qui est en parfaite cohérence avec le développement du parc nucléaire, effectué au mépris de toute procédure démocratique et financé avec les impôts des Français, pourtant majoritairement opposés à cette énergie.

M. Gilbert Meyer, au milieu des années 70, vous avez été secrétaire général de la mairie de Fessenheim en vous prononçant résolument pour la construction de la centrale. Vos fonctions actuelles de maire de la ville de Colmar devraient vous obliger à garantir à chaque citoyen - quelle que soit son opinion, fut-elle contraire à la vôtre - l’assurance d’une libre expression démocratique et citoyenne. La partialité éhontée dont vous faites preuve n’est pas digne d’un élu du peuple.

Monsieur le Préfet et Monsieur le Maire, par votre conduite, vous avez fait HONTE à la démocratie.

Nous vous prions de croire, Messieurs, à l’assurance de nos démocratiques salutations.

Le Réseau « Sortir du nucléaire »



Publié dans Actualité Nucléaire

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