Avenir de la centrale nucléaire de Mühleberg : les experts s’affrontent

Publié le par Bambou254



http://www.24heures.ch - 17 novembre 2009 - Philippe Dumartheray
 
VOTATIONS - Les Vaudois sont appelés, le 29 novembre prochain, à se prononcer sur l’octroi d’une prolongation d’exploitation illimitée à la centrale nucléaire bernoise. Il s’agit, certes, d’un vote consultatif. Mais il promet d’être électrique.

 

POUR

HANS-BJÖRN PÜTTGEN, Professeur à l’EPFL

« Dans l’absolu, on ne peut pas être pour la fission nucléaire en tant que telle. Mais le nucléaire permet de produire de l’électricité en grande quantité sans CO 2 »

- Mühleberg, une centrale sûre ou une casserole fendue?
Si cette centrale est sûre, ce que semblent démontrer les inspections, il serait inopportun de l’arrêter en 2012. En Suisse, il existe une autorité de surveillance, qui est indépendante et compétente, et qui inspecte continuellement les centrales sous son autorité.

- Que fait l’étranger avec les centrales de type Mühleberg?
Aux Etats-Unis, il y a plusieurs dizaines de centrales à eau bouillante, comme Mühleberg, qui ont déjà reçu une permission de fonctionnement de soixante ans des autorités compétentes. Mühleberg a démarré en 1972. En 2012, elle n’aura que 40 ans.

- Peut-on se passer de Mühleberg?
Mühleberg, c’est 2,9 TWh/an, je ne pense pas qu’on puisse les remplacer avec une nouvelle production renouvelable sur sol suisse avant 2012. Si Mühleberg est arrêté en 2012, il faudra s’approvisionner sur le marché ouvert européen, ce qui serait très onéreux. L’industrie sera désavantagée, certaines entreprises s’expatrieront. Et on risque plus de chômage.

- L’uranium, une énergie limitée ou illimitée?
On est en train de découvrir et d’exploiter de nouvelles réserves à peu près au même rythme que l’on est en train d’épuiser les ressources. Et la répartition est plus large que pour le pétrole et le gaz. Déjà, avec la génération III des centrales nucléaires, les EPR, on sera capable de mieux utiliser l’uranium. La véritable solution, d’ici trente ans, c’est la génération IV, avec les réacteurs à neutrons rapides. On pourra mieux recycler les ressources d’uranium. Il faudra sortir du fossile, puis du nucléaire, par le biais des énergies renouvelables. Mais c’est pour l’horizon 2080.

Et le problème des déchets?
-Je fais confiance aux experts pour trouver des lieux géologiques stables. Nous savons aussi construire des containers pour accueillir de façon acceptable ces déchets.


CONTRE

PIERRE LEHMANN, Ingénieur nucléaire

« Cette énergie pose des problèmes, avec des déchets qui risquent d’être dangereux pendant des milliers d’années »

- Mühleberg, une centrale sûre ou une casserole fendue?
La santé d’une centrale nucléaire, c’est la santé de sa cuve. Tous les éléments qui se trouvent autour du cœur du réacteur sont soumis à des bombardements neutroniques extrêmement forts. Le métal devient cassant avec le temps. Le problème, c’est que l’on ne sait pas anticiper les problèmes du vieillissement. Quand ils se présentent, on essaie simplement de les résoudre. Prétendre que cette centrale est très sûre, c’est une vue de l’esprit.

- Que fait l’étranger avec les centrales de type Mühleberg?
Pour l’essentiel, elles sont à l’arrêt. Il y en a peut-être encore en activité. Mais les pièces fissurées ont été remplacées.

- Peut-on se passer de Mühleberg?
C’est évident. C’est une question politique. On nous a imposé le nucléaire en nous faisant consommer de l’électricité de manière aberrante. Si on n’utilise qu’une petite fraction de la puissance solaire, on a tout ce qu’il faut pour couvrir tous les besoins d’énergie. Venir raconter que le renouvelable ne peut pas remplacer Mühleberg, c’est se moquer du monde.

- L’uranium, une énergie limitée ou illimitée?
Le problème, c’est la teneur en uranium du minerai. Si vous descendez en dessous d’un certain pourcentage, vous dépensez plus d’énergie pour mettre votre uranium à disposition que celle que vous allez récupérer en l’utilisant. Or les mines à haute teneur sont connues. Il n’y en a pas d’autres.

- Et le problème des déchets?
Les quantités de radioactivité qui se trouvent dans les éléments combustibles d’une centrale qui a fonctionné un certain temps sont incroyables. Les centrales suisses produisent un inventaire radioactif de 175 milliards d’ALI (Annual Limit of Intake), la quantité de radioactivité que l’on peut absorber sans compromettre la santé, à l’échéance de cent ans. De quoi tuer 25 000 fois chaque habitant du pays. On est à la merci d’un accident. Il faudrait quand même se souvenir de Tchernobyl.

 

 

 

 

 

Publié dans Actualité Nucléaire

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