Coup de folie sur les prix de l'électricité : EDF mis en cause

Publié le par Bambou254



De : Réseau "Sortir du nucléaire" (actu@sortirdunucleaire.fr)
Envoyé : vendredi 20 novembre 2009 9:04:07


Les Echos - 20/11/09  

Le 19 octobre, le prix du mégawattheure avait atteint un incroyable pic de 3.000 euros, contre moins de 100 euros d'habitude. La Commission de régulation a enquêté. Elle estime qu'EDF n'a pas agi avec la transparence nécessaire.

EDF est mis en cause par la Commission de régulation de l'énergie (CRE) pour son rôle dans l'incroyable emballement des prix qui a eu lieu le mois dernier sur le marché de gros de l'électricité. Dans ses conclusions préliminaires, rendues hier, sur le pic de 3.000 euros le mégawattheure atteint pendant quatre heures le 19 octobre, contre un niveau inférieur à 100 euros d'habitude, la CRE estime que l'électricien public n'a pas agi avec la transparence nécessaire.

Son enquête montre en effet qu'EDF est intervenu sur le marché avec des informations privilégiées. Cette analyse apporte de l'eau au moulin de la Commission européenne, qui cherche justement à renforcer la régulation et la transparence sur les marchés de gros de l'électricité pour limiter les risques de délits d'initié. En jeu, la publication d'informations en temps réel centrale par centrale, que l'électricien tricolore s'est jusqu'à présent toujours refusé à donner à ses concurrents.

Achats de sécurité

Que reproche-t-on exactement à EDF, qui assure l'essentiel de la production en France ? Selon des sources proches du régulateur, le groupe s'est rendu compte le vendredi 16 octobre que la disponibilité de son parc pour le lundi 19 ne serait pas aussi élevée qu'il l'avait prévu initialement. En cause, des arrêts fortuits de centrales nucléaires. Le groupe n'avertit pas immédiatement ses concurrents de ce pépin technique, ce qui n'est pas formellement illégal. En revanche, il aurait dû les informer le samedi matin. Manque de chance, son système informatique tombe en panne. Les autres acheteurs ne sont donc mis au courant que le dimanche matin, au moment où ils vont participer aux enchères pour acheter l'énergie qui leur sera livrée le lendemain.

Un malheur n'arrivant jamais seul, EDF déplore une autre avarie le dimanche matin, sur le très important barrage de Grand-Maison. Au total, 4.100 mégawatts de capacités de production sont soudainement indisponibles ! Dans le même temps, la demande s'emballe, car les températures sont beaucoup plus basses que les normales saisonnières. A cause du froid et du chauffage électrique, la demande attendue pour le lundi s'annonce de 3.000 MW, plus forte que prévu initialement. Autrement dit, l'écart entre les estimations de consommation et de disponibilité du parc s'envole à 7.000 MW.

Pour tenter de rétablir cet équilibre entre l'offre et la demande, EDF procède à des achats de sécurité sur les marchés de gros dès le vendredi, puis le dimanche matin, en particulier sur la Bourse suisse. Sur une Bourse traditionnelle, les achats réalisés à bas prix le vendredi pourraient être considérés comme une sorte de délit d'initié, puisque l'électricien a agi sur la base d'informations internes, que n'avaient pas ses concurrents. Mais les règles en vigueur en France le lui permettent. Quant aux achats du dimanche matin, ils perturbent sévèrement la procédure de fixation des prix sur le marché suisse, puis français.

Publication des arrêts fortuits

Dans sa délibération, la CRE recommande à Epex Spot, l'opérateur de la Bourse de l'électricité anciennement connue sous le nom de Powernext, d'examiner « toute mesure permettant le cas échéant d'assouplir »sa procédure. Mais le régulateur est surtout sévère vis-à-vis d'EDF, sans pour autant le sanctionner. Il estime « insuffisante » la fiabilité des données prévisionnelles de son parc de production et « rappelle à cet égard l'importance qui s'attache à la publication des arrêts fortuits par centrale ».

C'est le modèle qu'a choisi la Bourse d'électricité scandinave Nord Pool, et dont la Commission européenne veut justement s'inspirer. A travers l'Union française de l'électricité, EDF et ses concurrents discutent depuis plusieurs semaines d'une initiative allant dans ce sens.

 

 

 

 

 

Publié dans Actualité Nucléaire

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