La télévision (ma bête noire) : extrait d'un texte de Gunther Anders à méditer ...

Publié le par Bambou254



                                        


.... Anders parle de l’importance de la télévision dans ces dispositifs. La télévision a pour fonction de produire le monde. Elle prend le relais des grands systèmes religieux et philosophiques. C’est la télévision qui donne maintenant une vision d’ensemble. La télévision nous rend consommateur du monde. Gunther Anders a observé la société américaine, où l’influence de la télévision était perceptible dès les années 40.

La télévision va au-delà de la pub, son efficacité mentale permet de faire comme si l’objet était présent. On ne peut pas faire comme le propose Heidegger pour sortir de l’aliénation, s’appuyer sur un retrait pour dévoiler l’être. L’authenticité ne peut pas être atteinte par la voie de la déchéance de l’objet. L’information produite par la télévision est une marchandise pour la consommation et la jouissance. En préparant cette marchandise, les médias occulte le processus de fabrication. Le préjugé est intégré au produit directement consommable. Une herméneutique de la présence dissimulée ne sert à rien. Anders rejette la solution d’Heidegger. Il refusera toujours de le rencontrer après la fin de la guerre.

Avec la télévision, il n’y a pas de place pour le dysfonctionnement. La télévision participe à la création d’un monde construit, qui cache le monde réel. Elle vise l’harmonisation entre ce monde et ses consommateurs. La télévision livre le monde prêt à être consommé. Ce produit ne nécessite plus d’effort, ni d’interprétation ni de déchiffrage. Nous sommes contraints à être consommateurs/trices. L’image de la réalité se constitue comme réalité. Il y a une inversion entre le réel et le fictif. La télévision délivre une image, qui devient la matrice du monde. La représentation ne cherche plus à être juste comme un reflet adéquat au monde ou pertinent. Le réel du monde n’existe plus que comme moyen de production de la marchandise finale. L’industrie du divertissement a une faim universelle, elle absorbe tout.
Tout est dans la télévision, il n’y a plus de champ hors images, tout est intégré dans la consommation jouissive. La télévision a transformé le monde en divertissement.

La télévision produit des schémas, c’est un pragmatisme, qui produit l’homme de masse. Il en résulte un conformisme puissant et un accord généralisé. Le solipsisme face à la lucarne magique va de pair avec la massification. Plus le pouvoir est total, plus les ordres sont imperceptibles et plus notre obéissance paraît évidente. Plus nous nous croyons libres, plus nous avons l’illusion d’être libres et plus le pouvoir est total.

La télévision est l’aide au développement du capitalisme pour résoudre le problème de la faim des marchandises. La télévision est un l’appareil de production de l’humain consommateur, c’est un moyen au service des marchandises. La domination passe par la jouissance et la consommation. Avant, nous n’avions que nos chaînes à perdre, aujourd’hui nous nous croyons libres du fait même de nos chaînes.

Cette analyse est banale aujourd’hui, en 1952 elle était novatrice et unique. D’ailleurs, elle est restée presque clandestine sur le moment. Elle nous a été transmise par la critique du spectacle de Guy Debord. Gunther Anders est resté un penseur quasi inconnu. Son livre sur l’obsolescence de l’homme a été publié en 1956 et traduit en français seulement en 2002. Le second tome de 1988 n’est toujours pas traduit. En lisant Anders, nous sommes conviés à une sorte d’archéologie des idées. Nous trouvons la critique de la massification de l’Ecole de Francfort (Adorno, Horkheimer, ..), nous rencontrons les arguments des anti-pub sur le rôle de la publicité. Cette archéologie est justifiée par notre difficulté à comprendre la postmodernité. Quand Anders constate que la morale est devenue une question de contexte, il était précurseur, maintenant c’est une banalité dans la postmodernité contemporaine.



   Gunther Anders 


"Gunther Anders est très pessimiste, il termine son livre de souvenir « Et si je suis désespéré, que voulez vous que j’y fasse ! » en disant que ce qu’exigent moralement le monde et l’homme ne peut pas être fondé, mais il ajoute aussitôt : « S’il y a une chance que l’on puisse faire quelque chose, il faut le faire ! » "





Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article