Nanoparticules : toujours autant d'incertitudes pour la santé, et pourtant, déjà plus de 1000 produits dans notre quotidien ...

Publié le par Bambou254

 

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Crédit photo : http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2008/10/lafsset-recoman.html


Source : http://www.humanite.fr/Nanoparticules-mega-incertitudes-sur-la-sante,2767957

 

Nanoparticules, méga-incertitudes sur la santé

Utilisées dans l’industrie pour améliorer la performance des produits, les nanoparticules sont déjà présentes dans 1 000 produits de consommation courante, alors qu’on sait très peu de chose sur leurs effets sur la santé des salariés et de la population.

Quand vous respirez la fumée d’un volcan, vous inhalez des nanoparticules « naturelles ». Et quand vous mettez de la crème solaire, vous étalez sans le savoir sur votre peau des nanoparticules « manufacturées », produites par l’industrie à partir de dioxyde de titane ou d’oxyde de zinc pour améliorer l’efficacité de la lotion. Depuis dix ans au moins, les nanoparticules ont débarqué sur le marché, sans crier gare. Actuellement, on recense déjà au niveau mondial 1 000 produits de consommation contenant des nanoparticules manufacturées, et leur nombre croît à grande vitesse. Non sans susciter de légitimes interrogations sur leurs effets sur l’écosystème, sur les consommateurs et sur les travailleurs, qui, exposés plus massivement, servent comme toujours de « sentinelles » de la population générale. Fin avril, dans un rapport sur les « risques émergents », le Bureau international du travail alertait : « On prévoit que, d’ici à 2020, 20 % environ de tous les produits fabriqués dans le monde seront réalisés grâce aux nanotechnologies », alors que « les risques associés à la fabrication et à l’utilisation de nanomatériaux sont encore très peu connus ».

De quoi parle-t-on ? Un nanomètre équivaut à un milliardième de mètre, et la nanotechnologie consiste à mettre en ouvre des particules de taille nanométrique, comprises entre 1 et 100 nanomètres. Pour illustrer la chose, le CNRS indique qu’il y a le même rapport de dimension entre une nanoparticule et une orange, qu’entre une orange et la planète Terre. Si la recherche espère aboutir, grâce aux nanoparticules, à de nouvelles thérapies, par exemple dans le traitement des cancers, et à de nouveaux médicaments, l’industrie s’y intéresse parce qu’à l’échelle nano, les matériaux acquièrent des propriétés particulières, qui améliorent la performance des produits. On en trouve donc dans les pneumatiques, les cosmétiques, les textiles, les matériaux de construction, sans oublier l’alimentation, sous forme d’additifs.

En 2006, un premier rapport de l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) consacré aux « effets des nanomatériaux sur la santé de l’homme et sur l’environnement », soulignait que « des effets délétères ont été mesurés, notamment chez l’animal dans le cadre expérimental ». « Certaines particules insolubles peuvent franchir les barrières de protection, se distribuer dans l’organisme et s’accumuler dans plusieurs organes, principalement à la suite d’une exposition par inhalation ou par ingestion », résumait l’agence, tout en déplorant le « peu de données disponibles », « à cause du faible nombre d’études », d’un « recul peu important », et « de la grande diversité des nanoparticules produites ». En 2008, un deuxième rapport de l’agence, consacré à l’aspect de la sécurité au travail, invitait dans le doute à appliquer le principe de précaution pour la population salariée exposée, estimée au bas mot à 10 000 personnes en France.

En l’absence de réglementation spécifique aux nanoparticules, les entreprises doivent appliquer les règles générales de prévention relatives aux produits chimiques : travail en vase clos, aspiration des particules à la source, et équipement individuel comme un masque, des gants et une combinaison. « Chez les gros producteurs, ces règles sont assez bien appliquées, mais c’est généralement moins le cas dans les entreprises plus petites », souligne Myriam Ricaud, ingénieur-chimiste à l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS). « Certaines manipulent des nanomatériaux sans le savoir, car aucun étiquetage n’est obligatoire », explique-t-elle. Et comme pour l’amiante, l’exposition professionnelle perdure : « Le salarié qui découpera dans vingt ans un béton contenant des nanoparticules pourrait être exposé, également, sans le savoir. »

Se dirige-t-on vers un scandale de l’amiante bis ? Pour Éric Gaffet, directeur de recherche au CNRS, qui a présidé le groupe d’experts du deuxième rapport de l’Afsset, la comparaison ne tient pas : « Les premiers travaux ayant démontré une toxicité de l’amiante ont été publiés avant 1900. La prise en compte de ces informations a été (et est encore) gérée de façon très différente par les différents pays. Pour les nanoparticules, en revanche, on estime qu’elles sont potentiellement dangereuses et, en conséquence, le principe de précaution doit être mis en ouvre. » En attendant les résultats ultérieurs de la recherche sur les risques, les produits sont mis sur le marché à un rythme soutenu, alors que la maîtrise des expositions est loin d’être totale. En 2007, Benoît Hervé-Bazin, ingénieur chimiste à l’INRS et auteur d’un ouvrage sur les nanotechnologies [1], estimait dans la revue Santé et travail qu’« on n’a pas suffisamment tiré les enseignements de la catastrophe de l’amiante », et déplorait que « sur les sommes faramineuses consacrées à la recherche et au développement des nanoparticules, seulement 4 % vont à la recherche sur la prévention et les risques ». « Sans verser dans un discours antitechnologique, le problème vient des conditions politiques et sociales dans lesquelles les nanotechnologies se développent », estime Jérôme Relinger, responsable du secteur « Révolutions numériques et société de la connaissance » au PCF. « On assiste à une perfusion d’argent public vers les grands groupes qui orientent les recherches et investissements vers un profit à court terme, alors qu’on devrait exiger des contreparties en termes d’intérêt général. » Concernant les risques, le communiste déplore l’absence d’un débat public réel : « Le débat organisé cet hiver à la demande du gouvernement (par la Commission nationale du débat public - NDLR) consistait à faire accepter les nanotechnologies, et a renforcé l’opposition stérile entre ceux qui rejettent a priori les nanos et ceux qui leur promettent un avenir radieux. »

Fanny Doumayrou

Notes :

[1] Les Nanoparticules. Éditions EDP Sciences, 2007.

 

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