Partout dans le monde, les centrales nucléaires se multiplient... mais la main d'oeuvre qualifiée suit-elle??? Pénurie?!

Publié le par Bambou254




Date: Fri, 26 Mar 2010 00:41:50 +0100
From: actu2@sortirdunucleaire.fr
To: rezo-actu@sortirdunucleaire.org
Subject: [rezo-actu] Nucléairefrançais : le défi du renouvellement des compétences

http://www.industrie.com/it/energie/nucleaire-francais-le-defi-du-renouvellement-des-competences.9552

Nucléaire français : le défi du renouvellement des compétences

Le 24 mars 2010 par Thomas Blosseville

>>  Mots clés :  Point de vue, Nucléaire, Formation




Jean-Louis Ermine, doyen de la recherche de Télécom Ecole de Management
DR

POINT DE VUE  Pour Jean-Louis Ermine, doyen de la recherche de Télécom Ecole de Management, le secteur du nucléaire risque de subir un véritable crack de compétences... s'il ne réagit pas ! Le chercheur plaide, dans cette tribune, pour une meilleure gestion des compétences. Les contrats se gagnent aussi en offrant de la formation, souligne-t-il.

 

Dans le monde entier, la course au nucléaire civile est repartie. Les chiffres sont impressionnants : en février 2010, on compte 53 réacteurs en construction, 142 planifiés et 327 à l’étude, dans plus de 40 pays ! C’est donc une opportunité historique pour les opérateurs de cette industrie. Ceci s’explique par des facteurs divers comme l’accroissement de la demande énergétique, surtout dans les pays émergents, le réchauffement climatique, l’augmentation des prix du combustible fossile ou encore la sécurité des approvisionnements.


Pénurie de compétences dans l'industrie nucléaire

L’industrie nucléaire est une industrie Knowledge intensive ; c'est-à-dire qu’elle repose sur un capital extrêmement important de connaissances scientifiques, de savoir-faire techniques et de compétences pointues.

Avec la renaissance du nucléaire, le départ massif en retraite des travailleurs du nucléaire, le manque de recrutement pendant la période de stagnation, la dissémination des savoirs nucléaires entre les pays, auxquels s’ajoute la désaffection générale des jeunes générations pour la science en général et la science nucléaire en particulier, font que le capital de connaissances de cette industrie est fortement menacé et le renouvellement des compétences est un véritable défi.


L'échec des français à Abu Dhabi

Récemment la France emmenée par Areva, EDF, GFD Suez et Total a ainsi perdu le marché d'Abu Dhabi de 20 milliards de dollars ! Il a été remporté par un consortium nucléaire mené par la Corée du Sud. Certaines analyses pointent parmi les raisons de cet échec le fait que les concurrents français n’ont pas su répondre aux besoins en formation de personnel.

La construction d’une centrale nucléaire n’est pas qu’un problème d’ingénierie, c’est un processus long et multiple qui nécessite la mise en place du système de savoirs qui garantiront la bonne utilisation de la structure créée. Le problème de fond est donc posé, celui de la gestion des connaissances qui considère que les savoirs et savoir-faire sont une ressource stratégique pour toute organisation.

Dans le domaine nucléaire, il est sérieusement pris en compte depuis une dizaine d’années, par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Lors de son assemblée générale en 2002 son directeur général, Mohamed El Baradei, affirmait que « si nous ne faisons rien, nous pourrions nous retrouver à la fin de la décennie dans une situation ou une renaissance du nucléaire en terme de personnel qualifié,  de sûreté, les attentes des pays en développement, et de notre futur seront perdus en même temps que les connaissances et les savoir-faire accumulés pendant des générations. […] La gestion des connaissances nucléaires devrait inclure un plan de relève pour […] la capitalisation des connaissances nucléaires accumulées ces soixante dernières années ».

Les enjeux sont importants : maintenir les connaissances clés nécessaires à la conduite sûre des centrales, trouver ou conserver des gains de performance économique, orienter les innovations de demain et assurer le renouvellement des compétences vers les générations futures.


Identification des risques : du knowledge gap au knowledge crash !

Dans le domaine de la gestion des connaissances, on peut distinguer trois niveaux de risques qui guettent les entreprises et plus largement toute une industrie :
 

·   Le premier niveau de risque est le ''creux de connaissances'' (Knowledge Gap) dû au non-renouvellement suffisamment rapide des savoirs, il entraine un coût accru d’acquisition de la connaissance, une perte d’efficience ou un retard d’évolution ;
 

·   Le second niveau de risque est la ''perte de connaissances'' (Knowledge Loss) due à une perte de mémoire organisationnelle, il entraine des pertes de production, une baisse de la qualité, une perte de marchés ou de clients. C’est donc un risque sérieux pour les entreprises ;
 

·   Le troisième niveau de risque est le ''crash de connaissances'' (Knowledge Crash) dû à une perte rapide des capacités stratégiques d’une organisation. C’est un risque majeur pour une organisation.


La plupart des entreprises ont une perception au niveau 1, pourtant nombre d’entre elles ont déjà expérimenté les désagréments d’une perte de connaissances (niveau 2). Très peu envisagent un scénario catastrophe aboutissant au niveau 3. Pourtant des signaux faibles apparaissent, qui militent en la faveur d’une prévention du risque renforcée.


Une meilleure gestion des connaissances pour une industrie nucléaire plus compétitive

La gestion des connaissances (Knowledge Management) est une démarche organisationnelle complète. Elle structure et recueille les connaissances reconnues, souvent dispersées dans la tête des spécialistes et dans les multiples bases d’information de l’organisation. Elle met à disposition des collaborateurs d’une entreprise ce vaste patrimoine ainsi capitalisé dans divers dispositifs souvent liés aux nouvelles technologies de l’information : site web (un serveur de connaissances), dispositif de formation e-learning, etc.

Cette démarche est indispensable pour prévenir les risques liés aux pertes de connaissances et aux besoins de compétences dans des secteurs industriels stratégiques à très forte valeur ajoutée. En France, l’industrie du nucléaire en est l’exemple le plus frappant. En ces temps de crise économique, il serait malheureux de scier la branche sur laquelle nous sommes assis !

Jean-Louis Ermine






Publié dans Actualité Nucléaire

Commenter cet article

Michelle 28/03/2010 13:59


Il y a eu un documentaire très instructif sur 'Les précaires du nucléaire:( Sur Arte)
( Quand on cherche, on trouve..parfois)
Mais trop de gens choisissent la politique de l'Autruche ...


Bambou254 28/03/2010 16:28


Plein de gens se disent conscients des dangers du nucléaire, mais qu'on en a besoin en attendant de trouver mieux. L'abérration ! Ils ne penseront pas par contre à modifier leur comportement
gaspilleur : choix de la facilité.