Pétition et actualité : Le bisphénol A suscite des inquiétudes pour la santé malgré l'avis prudent de l'AFSSA

Publié le par Bambou254


Source :
http://www.notre-planete.info/actualites/lireactus.php?id=2268


Un biberon qui ne contient pas de bisphénol AUn biberon qui ne contient pas de bisphénol A
© C. Magdelaine / notre-planete.info


Signez la pétition  à l'adresse
suivante :

http://lapetition.be/sign_petition.php?petid=4679#form



L'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) vient de rendre son avis sur les effets toxiques du bisphénol A, un composant que l'on retrouve notamment dans la majorité des biberons en plastique. L'interprétation de cet avis suscite des réactions divergentes mais le principe de précaution semble s'imposer.

Selon l'AFSSA, le bisphénol A (BPA) est utilisé depuis plus de 40 ans, dans de très nombreuses applications dont les matériaux au contact des aliments et de l'eau. Il s'agit d'un composé chimique utilisé pour la fabrication industrielle de plastiques. Il est également employé comme antioxydant dans les plastifiants et le PVC.

Le Bisphénol A est massivement produit et dispersé dans l'environnement et se retrouve dans l'organisme d'une large majorité de la population, quel que soit l'âge. La contamination est principalement d'origine alimentaire : boîtes de conserve, canettes de boisson, films alimentaires, récipients, bouteilles d'eau et matériel électroménager en polycarbonate..... Elle intervient notamment lors de la grossesse : le fœtus, vulnérable est contaminé par la mère.

Des expertises qui tendent à montrer des effets sur la santé

Le BPA un xénoestrogène stable et résistant : un leurre hormonal, capable de "mimer" l'effet des hormones sexuelles féminines qui ont un rôle dans la fonction de reproduction. Ce qui n'est guère étonnant puisque l'association Antidote souligne dans un communiqué du 10 février 2010 que "le public serait choqué d'apprendre que cette substance chimique a été originellement produite en tant qu'hormone contraceptive pour les femmes et a plus tard trouvé des applications dans l'industrie du plastique."
De plus, le bisphénol joue un rôle dans le développement d'organes comme le cerveau ou le système cardio-vasculaire[1].

L'AFSSA, qui a rendu son avis le 29 janvier 2010 note que "des évaluations de risque menées par les agences sanitaires - en particulier la Food and Drug Administration (FDA) aux Etats-Unis, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) en Europe en juillet 2008[2] - ont conclu, sur la base des données scientifiques disponibles, à l'absence de risque pour le consommateur dans les conditions d'emploi".

Toutefois, en octobre 2009, la Commission européenne a invité l'Efsa à évaluer l'intérêt d'une nouvelle étude sur les effets neurodéveloppementaux possibles du BPA et, le cas échéant, à mettre à jour la dose journalière tolérable (DJT) en conséquence. De plus, le 5 février 2010, l'Efsa lançait une invitation aux experts nationaux des États membres de l'UE pour la tenue d'une réunion au début du mois d'avril afin de débattre de son travail scientifique en cours sur le bisphénol A .

De nouvelles études et publications scientifiques internationales ayant été publiées récemment sur le BPA, l'AFSSA s'est autosaisie en octobre 2009 et a demandé à ses comités d'experts spécialisés de les examiner avec attention et d'auditionner le Réseau Environnement Santé (RES). Manifestement, l'avis du RES n'a pas été complètement suivi par l'AFSSA.

En effet, le RES souligne dans un communiqué du 5 février que "les signaux d'alerte, dont [l'AFSSA] fait état, sont multiples, car on dispose aujourd'hui de plusieurs centaines d'études mettant en évidence une grande variété d'impacts. C'est ce que résumait la déclaration signée par les 38 scientifiques réunis lors de la conférence de Chapel Hill aux Etats Unis en 2007 : "le BPA est suspecté d'être impliqué dans les grands problèmes de santé actuels : cancer du sein, cancer de la prostate, diabète de type 2 et obésité, atteinte de la reproduction, problèmes neuro-comportementaux, maladies cardio-vasculaires..."[3].

Or, depuis cette conférence, le RES indique que les données se sont accumulées : 49 études ont été publiées entre Mai et Décembre 2009 qui confortent, sauf une, ce jugement.

Les conséquences sur la santé humaine sont mieux comprises et multiples

Une étude récente[4] menée par l'INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) de Toulouse a pour la première fois démontré l'impact du BPA sur l'intestin. Ce composé diminuerait la perméabilité de l'épithélium intestinal et augmenterait le risque d'inflammations intestinales sévères.

Le RES énumère les conséquences sur la santé du bisphénol A :

Chez l'adulte : maladies coronariennes, diabète, troubles de la sexualité, diminution de l'efficacité de la fécondation in vitro chez les personnes les plus imprégnées en BPA

Chez l'enfant : troubles du comportement en lien avec l'imprégnation maternelle au BPA (étude publiée en octobre 2009). Cette étude américaine montre qu'au niveau d'imprégnation où est la population humaine, on retrouve ce qui a été observé dans 30 études chez l'animal (rat, souris, singe).

Pourtant, l'AFSSA conclut que la méthodologie de ces études ne permet pas, pour le moment, "d'interprétation formelle des données qui remettrait en cause les précédentes évaluations du risque sanitaire."
L'AFSSA préconise de poursuivre la recherche et "rappelle aux consommateurs qu'une mesure simple de précaution est d'éviter de chauffer à très forte température l'aliment (eau, lait, soupes...) s'ils utilisent des biberons ou des récipients en polycarbonate."

Et le principe de précaution ?

Pour le RSE, il est "urgent d'agir et de ne pas attendre" contrairement à ce que propose l'AFSSA, qui joue la prudence et attend les résultats d'études à venir. A ce titre, le RSE demande "l'interdiction du BPA dans les plastiques alimentaires, seule mesure susceptible d'arrêter la contamination maternelle et par voie de conséquence celle de la quasi-totalité des foetus."

La ville de Paris, dans un communiqué du 9 février 2010, interprète l'avis, plutôt rassurant, de l'AFSSA comme un risque pour la santé et considère que "les études menées aux Etats-Unis et au Canada et la décision du gouvernement canadien de bannir l'usage du bisphénol A justifiait l'application du principe de précaution."

C'est pourquoi, la ville de Paris a décidé de remplacer et de recycler tous les biberons des crèches de la capitale : "le cahier des charges du nouveau marché de biberons, entré en application depuis le début du mois de janvier, stipule ainsi qu'aucun biberon ne contienne du bisphénol et que l'intégralité des 28 000 biberons utilisés dans les crèches et haltes-garderies municipales soit remplacée par des biberons en verre et en plastique garantis sans bisphénol A. Ce remplacement est en cours."

Par ailleurs, afin de ne pas incinérer ces biberons et ainsi de ne pas créer une pollution supplémentaire, la ville de Paris souhaite confier ces biberons à une entreprise spécialisée qui les recyclerait en vue d'une utilisation dans la fabrication de DVD et de CD-ROM.

Notons enfin que le Sénat français a déposé fin juillet 2009 une proposition de loi visant à interdire l'utilisation du bisphénol A dans les produits destinés à l'alimentation.

Les professionnels du plastique saluent l'avis de l'AFSSA

De leur côté, les fabricants, notamment représentés par PlasticsEurope et ELIPSO "saluent la proposition de l'AFSSA de définir une méthodologie d'évaluation pour lever les confusions" dans un communiqué du 5 février 2010.

Les professionnels notent que "ce rapport intervient alors que les autorités sanitaires américaines (US Health and Human Services Department et Food and Drug Administration – FDA) ont rendu le 15 janvier dernier un avis sur les migrations infinitésimales de bisphénol A à partir des récipients alimentaires en polycarbonate et des revêtements de boîtes métalliques, et que les conclusions des travaux européens coordonnés par l'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) sont attendues pour mai 2010."

PlasticsEurope et ELIPSO rejoignent la recommandation de "bon sens" formulée par l'AFSSA à destination des consommateurs, à savoir "éviter de chauffer à très forte température l'aliment" dans un biberon ou un récipient en polycarbonate. L'AFSSA préconisait en octobre 2008 une durée de chauffage au micro-ondes inférieure à 10 minutes.

Les fabricants rappellent enfin que "les producteurs de polycarbonate ont toujours respecté très scrupuleusement leurs obligations réglementaires. Les migrations résiduelles de bisphénol A pouvant provenir du polycarbonate sont très inférieures aux seuils réglementaires."

Comment se passer de bisphénol A ?

Dans le doute, "le plus simple" reste encore d'éviter le BPA. Malheureusement, ce composé chimique est présent dans de nombreux récipients : boîtes de conserve, canettes de boisson (résines époxy utilisées comme couche protectrice à l'intérieur), films alimentaires, bouteilles d'eau... Certains des plastiques qui ont été fabriqués grâce au BPA peuvent être repérés par le chiffre 3 (PVC), 7 (other) ou PC (polycarbonate) au centre ou en dessous du symbole de recyclage.
De plus, certains fabricants n'hésitent pas à mentionner clairement sur leurs biberons l'absence de bisphénol A.

Enfin, notons une nouvelle fois que le verre demeure un matériau en théorie recyclable à l'infini avec une chaîne de production et de recyclage qui présente de nombreux bénéfices pour l'environnement. Certes, le verre c'est plus lourd mais là aussi les fabricants diminuent progressivement le poids de leurs récipients.

En savoir plus

Notes

[1] Impact of oral Bisphenol A at reference doses on intestinal barrier function and sex differences after perinatal exposure in rats. Braniste V., Jouault A., Gaultier E., Polizzi A., Buisson-Brenac C., Leveque M., Martin P.G., Theodorou V., Fioramonti J., Houdeau E. PNAS. 2010 Jan 107:1 448-453. (publiée en ligne le 14 décembre 2009)

[2] Toxicocinétique du bisphénol A - Avis du groupe scientifique sur les additifs alimentaires, les arômes, les auxiliaires technologiques et les matériaux en contact avec les aliments (AFC)

[3] VOM SAAL FS et al. Chapel Hill Bisphenol. An expert panel consensus statement: integration of mechanisms, effects in animals and potential to impact human health at current levels of exposure. Reproductive Toxicology 2007.24:131–138

[4] L'action du Bisphénol A sur l'intestin pour la première fois démontrée - INRA - 14/12/09

Liens

Forum de discussions sur la santé

Auteur

Christophe Magdelaine - notre-planete.info (tous droits réservés)




Publié dans Pétition santé

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article