Pourquoi EDF envoie ses déchets radioactifs en Sibérie

Publié le par Bambou254



Le Parisien - 12 octobre 2009


Le quotidien Libération en fait sa une de matin : «Nucléaire : la décharge secrète d'EDF». «Des matières radioactives d'origine française sont entreposées sans contrôle en Sibérie», révèle le quotidien, dont une des journalistes, Laure Noualhat, a co-réalisé avec Eric Guéret le documentaire «Déchets, le cauchemar du nucléaire»* diffusé mardi sur Arte.

Après une enquête de huit mois, on apprend ainsi que plus de cent tonnes d'uranium appauvri produit par les réacteurs français d'EDF sont envoyées, en catimini, chaque année, vers la Russie. «Je ne savais pas que l'on envoyait des matières radioactives en Russie», réagit dans Libération Corinne Lepage, ministre de l'Environnement de 1995 à 1997.

Après un trajet de plus de 8 000 km - en bateau du Havre jusqu'à Saint-Petersbourg, puis en train - c'est à Seversk , en Sibérie, que les déchets sont stockés. Dans cette ville de 30 000 habitants interdite aux journalistes, ils sont placés dans des containers puis rangés sur un parking à ciel ouvert.


«Comme nous n'avons pas la technologie, nous faisons appel à une société russe»

Areva indique que 96 % des déchets français sont recyclés. Ainsi, sur 100 % de déchets produits annuellement, 4 % sont des déchets ultimes qui sont enfouis. Les 96 % restants se composent de 1 %  de plutonium dont on fera du MOX** - un autre combustible - et de 95 % d'uranium appauvri. Sur ces 810 tonnes d'uranium appauvri produits chaque année, 690 sont stockées à Pierrelatte (Drôme) tandis que 120 tonnes sont expédiées en Russie.

C'est pour ré-enrichir cet uranium de retraitement qu'il est envoyé en Russie. «Comme nous n'avons pas la technologie, nous faisons appel à une société russe», explique-t-on chez Areva. Mais 10 % seulement de l'uranium va pouvoir être ré-enrichi. Ainsi, sur les 120 tonnes envoyées chaque année, seules 12 tonnes sont réinjectées dans le circuit nucléaire français, les 108 tonnes restantes demeurent donc en Russie, où elles sont stockées à ciel ouvert. Selon la réponse laconique d'EDF obtenue par Libération, «ses matières ne sont plus la propriété d'EDF, mais de l'industriel russe».

Appelée «queue d'uranium», cette matière appauvrie peut être valorisée, expliquent EDF et Areva. En l'associant à du plutonium, on peut faire du MOX qui pourra être utilisé dans les réacteurs de quatrième génération... en 2040. Selon Libération, les «queues d'uranium» ne sont pas dangereuses en soi. Mais un accident lors du transport - 8 000 km - où lors du stockage, un crash d'avion ou un attentat, pourraient disperser des particules radioactives dans l'atmosphère.

 

*Diffusé à 20 h 45, mardi 13 octobre sur Arte.
**Mélange d'oxydes




Publié dans Actualité Nucléaire

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