Quatre désastres à ne pas oublier : en tirerons-nous jamais une leçon ????

Publié le par Bambou254

 

 

 

Source : Le Nouvel Obs
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/planete/20100611.OBS5386/quatre-desastres-ecologiques-pires-que-la-fuite-de-deepwater-horizon.html

Ce n’est pas la première fois que la technologie dérape et provoque d’incalculables dommages.

Cet article a été publié sur le site de l'hebdomadaire américain le 10 juin.

Marée noire (AFP) Marée noire (AFP)

Quelle est la gravité de la maree noire du Deepwater Horizon ? Du fait que de grandes quantités de pétrole jaillissent au fond de la mer, loin du regard, il faudra longtemps pour être en mesure d’en évaluer les conséquences. Certains se demandent même si la marée noire est annonciatrice de l’apocalypse. De fait, l’incident, qui a commencé par une explosion sur la plate-forme de forage en mer Deepwater Horizon de BP n’est même pas la pire marée noire de l’histoire du Golfe du Mexique, qui possède déjà des eaux comptant parmi les plus polluées au monde. En dépit de l’énorme impact économique et environnemental, il ne devrait pas provoquer un nombre de victimes humaines comparable aux catastrophes environnementales les plus épouvantables déjà survenues sur la planète.

Sur le même sujet

Décerner le titre de "pire catastrophe" serait courir le risque de banaliser la tragédie : toutes les catastrophes écologiques sont terribles et méritent qu’on s’en souvienne. Toutefois, alors que nous devons assimiler une avalanche d’informations sur cette marée noire, c’est bien normal, on a bien besoin de quelques points de repères. Voici comment la marée noire du Deepwater Horizon se situe par rapport aux accidents écologiques du passé.

Bhopal, Inde, fuite de gaz toxique Un matin de décembre 1984, un nuage de gaz toxique s’échappe d’une usine de pesticide de Bhopal, en Inde, tuant plus de 3 000 personnes en quelques jours, et empoisonnant des centaines de milliers d’autres au cours des années suivantes. Le nombre de victimes dénombrées par le gouvernement indien s’établit à 15 000 environ, ce qui en fait la catastrophe écologique d’origine humaine la plus meurtrière de l’histoire.

Pour l’heure, la fuite du Deepwater Horizon a tué onze ouvriers de la plateforme pétrolière, morts dans l’explosion du 20 avril. On s’attend à des dommages dévastateurs sur la faune marine dans de larges portions du golfe du Mexique. Comme l’ont confié des scientifiques à Sharon Begley de Newsweek, l’impact économique et environnemental des nappes de pétrole souterraines pourrait dépasser de loin ce que le nuage toxique a causé à Bhopal, une ville d’environ 800 000 personnes. Le nuage de gaz a initialement tué le bétail, et brûlé les arbres dans les zones comprenant et entourant les bidonvilles très peuplés qui entouraient l’usine, mais les conséquences a long terme de l’explosion sur l’environnement ont été plus néfastes : retournant sur les lieux vingt ans après, la BBC a constaté la présence de produits chimiques dangereux stockés n’importe comment dans l’ancienne usine. Le degré de pollution de la nappe phréatique constituait un risque sanitaire très grave, mais les gens du coin buvaient (et boivent toujours, apparemment) l’eau qu’ils savaient toxique, car ils n’avaient pas d’autre choix.

Comme Union Carbide (aujourd’hui rachetée par Dow Chemical), BP et ses associés vont affronter des demandes de réparation se chiffrant en milliards de dollars. Au cours du mois, huit anciens cadres d’Union Carbide ont été condamnés pour négligence criminelle.

 

 

Le "grand smog" de Londres, 1952 Quatre jours durant, en décembre 1952, un smog épais et chargé d’acide s’est emparé de Londres, comme une soucoupe à l’envers. L’air stagnant a emprisonné les fumées des chaudières à charbon, le gaz d’échappement de voitures et les émissions des usines. Il faisait nuit en plein jour et par moments, on n’y voyait qu’à trente centimètres. On estime que 4 000 personnes sont mortes en un mois des effets immédiats de la toxicité de l’air sur leur système respiratoire, et 8 000 victimes supplémentaires par la suite ont été attribuées au smog. On a déterminé que le dioxyde de soufre en était le principal responsable.

Ce qu’on sait sur cet atroce épisode de pollution atmosphérique concerne pour l’essentiel son impact catastrophique sur l’être humain — les conséquences à long terme sur l’environnement sont moins prises en compte. Ceci rend difficile une comparaison avec la catastrophe en cours dans le golfe, où des écosystèmes entiers sont menacés, mais dont le principal impact pour les victimes humaines sera d’ordre financier. Le smog aura permis l’adoption par le parlement britannique du Clean Air Act, permettant aux autorités de contrôler l’utilisation du charbon dans certaines zones pour éviter autant que possible le risque d’un nouveau smog.

 

 

Explosion d’Ixtoc One, 1979 Les flashs d’actualité de 1979 annonçant l’explosion d’un puits de pétrole sous-marin au large du golfe du Mexique ont aujourd’hui quelque chose de sinistrement familier. Il y a eu une défaillance du "bloc obturateur de puits", le dispositif de sécurité sous marin destiné à fermer un puits en éruption. Dans la presse on reprochait au gouvernement mexicain de minimiser la quantité de pétrole s’échappant sous la mer, ce qui rappelle les chiffres sous-estimés fournis par BP en avril.

Jour après jour, dix mois durant, un torrent de pétrole s’est écoulé dans le golfe du Mexique suite à l’explosion, quelque part dans la région de la péninsule du Yucatan. La fuite n’était qu’en partie maîtrisée, par un couvercle disposé au-dessus de celle-ci en vue de siphonner une partie du pétrole s’en échappant. Après quatre mois, la marée noire avait recouvert environ la moitié des 500 km de côtes du Texas, une catastrophe pour le tourisme. Ce n’est qu’en perçant deux puits de secours, pour pomper de la boue et du ciment dans le puits, que Petroleos Mexicanos, ou Pemex, la compagnie pétrolière nationale mexicaine, arriva à endiguer la fuite.

"Cet accident prouve que les dispositifs d’obturation de puits ne sont pas conçus pour parer aux urgences extrêmes" écrivait le New York Times dans un éditorial d’avril 1980, après l’endiguement de la fuite. "Serait-il possible de colmater et de nettoyer rapidement une telle fuite survenant dans les eaux américaines ?"

Du point de vue des chiffres — en volume de pétrole répandu — l’accident d’Ixtoc One dépasse de loin Deepwater Horizon : 530 millions de litres de pétrole contre 360 millions estimés d’ici la mi-août, quand s’achèvera le forage d’un puit de secours (la pire marée noire de l’histoire s’est produite en 1991, quand l’armée irakienne a détruit les infrastructures pétrolières du Koweit, laissant échapper plus de 955 millions de litres de pétrole. Le crash de l’Exxon Valdez en 1989 répandit quand à lui 40 millions de litres de pétrole).

Toutefois, à la différence de Deepwater Horizon, la catastrophe de l’Ixtoc One s’est produite à 450 mètres de profondeur, et son impact sur les côtes fut atténué par une heureuse conjonction des vents et des courants. Aujourd’hui, les scientifiques assistés de sous-marins découvrent d’énormes nappes de pétrole surgissant des profondeurs. Personne n’a encore jamais observé ce qui se passe lorsque du pétrole jaillit du fond de la mer à 5 000 pieds (1,6 km) de profondeur, et les habitants des régions côtières guettent avec angoisse ce que leur réservent cet été les courants et les vents.

 

 

Explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl, 1986 En avril 1986, une explosion dans le cœur d’un réacteur nucléaire de la centrale électrique de Tchernobyl diffuse dans l’atmosphère ukrainienne plus de 50 tonnes de radioéléments. Il faut évacuer environ 350 000 personnes de la zone et laisser à l’abandon plusieurs villages et toute une ville, Prypriat. Les estimations du nombre de morts et de maladies consécutives aux radiations varient beaucoup : une étude des Nations Unies rapportait 59 morts directement imputables à l’accident en 2005, les autorités ukrainiennes, quant à elles, affirment que 4 000 personnes ont trouvé la mort lors du nettoyage de la zone, et 70 000 personnes supplémentaires sont handicapées par des maladies consécutives aux radiations.

Historiquement, Tchernobyl est peut-être le plus proche équivalent de Deepwater Horizon. De la même façon qu’en Europe, l’accident a signifié un revers pour l’énergie nucléaire, la fuite du Deepwater Horizon a torpillé l’intensification annoncée des forages en haute mer aux Etats-Unis. "On en était arrivé à évoquer l’idée d’entreprendre des forages au large de certaines régions de Floride, dans l’Atlantique" indique Byron King, analyste du secteur pétrolier chez Agora Financial. "Quelques secondes après l’annonce de l’accident, les gens ont décrété : pas chez moi".

Traduction de l'américain par David Korn

 


> Lire l'article dans sa version originale sur le site de Newsweek

 

 

 


Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article